• Thierry Lepaon

    Ce n’est pas en tirant sur le pianiste que l’on écrit une bonne partition

    Les informations relatant les problèmes de Thierry Lepaon sont trop souvent  révélatrices d’un certain traitement de l’actualité. Une focalisation sur un responsable  qui contribue à amplifier le sentiment du « tous pourris » au sein des populations coupées de tout mouvement social et politique. Comme si les dépenses (exagérées ?) du secrétaire général de la CGT étaient la cause des problèmes au sein de sa centrale syndicale. Ce type d’approches permet de capter l’attention du public sur un leader au prix de l’impasse sur des dysfonctionnements plus profonds, sans doute au-delà ce syndicat.

    Alors que les engagements d’un syndicaliste empiètent parfois sur sa vie familiale, il est tout à fait légitime qu’il cherche à ce que ses activités professionnelles et son évolution dans celles-ci n’en soient pas affectées. Si certains négocient une juste protection, bien d’autres n’y parviennent pas. Quant aux abus ils ont existé dans tous les syndicats. Ce n’est pas en jouant au « Monsieur Propre » que l’on peut venir à bout de ces problèmes. Ils ne sont révélés dans la presse que lorsqu’il s’agit d’un leader, comme c’est le cas de Thierry Lepaon, qui fait face à de fortes oppositions internes. Cette focalisation sur un responsable  est malsaine et déresponsabilise tout le monde. Elle ne fait que diminuer la visibilité du mouvement social : Le syndicaliste CGT s’imagine qu’en changeant de secrétaire général tout va se mettre dans l’ordre, les militants d’autres syndicats verront là une preuve de plus que la CGT fonctionne mal contrairement à leur propre organisation. Mais surtout une grande partie de la population, souvent non syndiquée qui, au travers de cette présentation, sera renforcée dans sa conviction que le syndicalisme ne sert qu’à une minorité de salariés protégés.        

    Au moment où dans notre hexagone d’aucuns s’inquiètent de la monté de la violence et de l’audience de l’extrême droite, du manque de visibilité de nos politiques actuelles, il me semble, au contraire,  indispensable de responsabiliser le maximum de monde. Pour ce qui est de l’activité syndicale, au-delà des particularités de chacun, les causes de la faiblesse du mouvement dans son ensemble a de multiples causes qui ne lui sont imputables que pour partie. Prenons la professionnalisation du syndicalisme, la responsabilité incombe aussi au monde de l’entreprise qui, depuis quelques décennies, tolère difficilement la présence militante au sein de ses activités. L’adaptation des revendications syndicales à notre société mondialisée et de plus en plus inégalitaire exige aujourd’hui, au-delà d’une réflexion des syndicalistes, un travail en commun entre ces derniers et d’autres acteurs sociaux de la solidarité, des échanges avec des intellectuels pour construire d’autres approches de la solidarité, d’autres modes de fonctionnement. Notre démocratie a tout à gagner à ce qu’une actualité souvent basée, sur l’émotion et la condamnation,  cède place à une information plutôt préoccupée par le souci de compréhension. 

    le 5 janvier 2015


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :